Des loups et des femmes

La terre est grande. Bon, ça dépend du point de vue; celui de la fourmi au travail ou du loup à la recherche de proies à dévorer, de la chauffeuse de camion lourd qui parcourt les Amériques tous les mois ou celui de l’astrophysicien qui scrute tous les recoins de l’Univers à l’aide de ses télescopes.

Néanmoins, selon les derniers chiffres du Bureau de recensement américain (6 mars, 2018), la petite planète bleue héberge près de 7 milliards 500 millions d’humains, mais à peu près l’équivalent de femmes (49,6%) et d’homme (50,4%) selon l’Organisation des Nations Unies (2017). Comme le genre masculin tend à mourir davantage à la naissance et à vivre moins vieux que les femmes, on peut considérer que la nature à créer une équité en nombre des deux genres cohabitant cette planète. Pourtant, les statistiques deviennent moins gaies quand on regarde du côté de l’éducation, de la violence, de l’abus et de l’économie.

Analphabétisme et éducation

Les statistiques sur la disparité des genres quant à l’éducation et à l’accès aux connaissances ne semblent guère réjouissantes. Selon l’UNESCO, il existe  774 millions d’adultes analphabètes dans le monde; 67% sont  des femmes. Et cette proportion est demeurée stable depuis 1997. Chez les jeunes analphabètes dans le monde, sur 123 millions, 62 % représentent des femmes. Parmi les dix pays qui préfèrent garder leurs filles à la maison pour aller chercher de l’eau, faire le ménage et préparer les repas, tous, moins un, proviennent du continent Africain (One, 2017). Un triste chiffre puisque 54 des 76 millions de jeunes femmes analphabètes vivent dans seulement 9 de ces pays (Unesco, 2018).

mauvais eleves

Sources : Sources: Chiffres tirés du rapport de l’ONG ONE « Accès des filles à l’éducation dans le monde: les mauvais élèves »

Violence

Selon un rapport de l’Organisation des nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC, 2015) la violence produite envers les femmes à travers le monde provient la majorité du temps d’un conjoint ou d’un membre de la famille. La figure ci-dessous indique, pour les cinq continents, le pourcentage d’hommes et de femmes victimes de la violence d’un partenaire ou d’un membre de la famille. En pourcentage global, la violence touche davantage les femmes avec un taux de 41 % plus élevé que chez les hommes.

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Une Enquête sociale générale sur la sécurité des Canadiens et Canadiennes (Conroy et Cotter, 2017) mentionne qu’entre autres, les femmes, les jeunes, les Autochtones, les célibataires et les personnes s’identifiant au groupe de LGBTQ courent un risque plus élevé d’être victimes d’agression sexuelle. Ainsi, les 636 000 incidents autodéclarés d’agression sexuelle correspondent à 22 agressions sexuelles commises par tranche de    1 000 Canadiennes âgés de 15 ans et plus en 2014. Guerrier (2016) souligne sur son blogue que 70 % des femmes dans le monde subissent ou subiront des violences au cours de leur vie. Rien de moins.

Est-il terminé le temps où les femmes se taisent et absorbent les chocs du harcèlement et de l’abus sexuel? Peut-être, mais la route demeure longue et il reste encore bien du travail à faire et plusieurs langues à délier du silence. Pourtant, les femmes ont commencé à élever et unir leurs voix, dorénavant plus audibles et visibles sur les réseaux sociaux notamment sur Twitter. Des Amériques, de l’Europe et de l’Afrique, les femmes utilisent les mots cliques ou hashtags à coup de  #BalancetonPorc #metoo #moiaussi #Quellavoltache #YoTambien #jagockså #Delateseuporco    pour dénoncer ces phénomènes trop longtemps tus bien qu’aux vus et aux sus de tous et en particulier ceux d’une certaine proximité avec la victime et le harceleur ou l’abuseur. Des femmes parlent et écrivent pour témoigner des abus et des harcèlements sexuels dont elles ont gardé le secret, voire oublié pour survivre et continuer leur chemin, même s’il était tout croche.

Économie

Du coté économique, on se rend compte par ailleurs des disparités dans les salaires et la précarité des emplois. Le site Business Insider publiait en 2017 une entrée de blogue sur les 15 pays les plus touchés par les iniquités et les écarts salariaux entre hommes-femmes. dont la source principale d’information provient des données du rapport mondial du WEF sur les inégalités entre hommes et femmes dans le monde de 2016. On retrouve en 121e position, la Slovaquie, en 122e le Bangladesh, le Maroc et la Pologne en 123e et 124e rang, la Corée du Sud et l’Argentine en 125e et 126e position, l’Italie et le Mexique en 127e et 128e position, suivi du Brésil en 129e place, la Hongrie en 130e place, le Pérou en 131e, la Bolivie en 132e, le Chili en 133e, la France en 134e et l’Angola en 135e place pour l’écart global entre les genres. Dans la liste du document original, le Canada arrive en 35e position sur 144 pays pour cette donnée.

carte resultats canada

Sources : Global Gender Gap Report, 2016, Consulté au http://www3.weforum.org/docs/GGGR16/WEF_Global_Gender_Gap_Report_2016.pdf

D’autres données intéressantes montrées ci-dessus indiquent par contre que le Canada occupe le premier rang quant à l’équité de l’éducation entre homme et femme à tous les niveaux d’éducation. Cependant, en zone politique, les femmes occupent une plus faible place, relayant le pays en 49e position sur les 144 pays évalués.

On peut se désoler ou se consoler de tels résultats statistiques. En cette période de Journée de la femme, on peut seulement constater qu’il reste encore tellement de travail et de luttes à mener avant d’arriver à obtenir une meilleure équité dans plusieurs pans de la société, et cela à travers le monde. Si Hobbes dans le Léviathan  disait que« l’homme est un loup pour l’homme », peut-être serait-il plus approprié, en regardant ces statistiques, de dire aujourd’hui que l’homme est un loup pour la femme puisque dans la race humaine, ce genre humain souffre davantage des violences et convoitises masculines que l’inverse.

Bonne journée de la femme à toutes et à tous ceux qui supportent l’épanouissement et l’équité de l’humanité!

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