Journal de grève : jour 21

non je vote

J’en avais déjà vu et entendu pas mal au cours de mes 17 ans de travail avec les Collèges d’arts et de technologie appliquées (CATA), mais là, c’est la goutte de trop.

Le système des collèges de l’Ontario insiste à nous maintenir en grève en étirant les jours de votes et les jours de non négociation avec la partie syndicale qui représente les professeurs (SEFPO). Dans une société basée sur la démocratie et l’égalité des personnes, il me semble que la moindre des choses serait de respecter les demandes des enseignants exprimées par les représentants syndicaux et d’en discuter avec maturité à la table de négociation.

Mais non, c’était trop demandé. Le Conseil des employeurs des collèges (CEC) préfère refuser la dignité humaine au personnel scolaire en lui envoyant  à la figure que leurs demandes sont trop exigeantes (surtout pour la liberté académique) et pour montrer que ceux qui ont le pouvoir décisionnel ici c’est eux, on sort de la table de négociation et on impose un vote. Un vote sur une offre revue mais non respectueuse des demandes du personnel scolaire, pire, une offre qui ne contient même pas toutes les négociations réalisées entre le 2 et le 6 novembre, après que le CEC ait finalement accepté de retourner à la table de négociation.

On le sait : ce qui a fait avancer les mouvements et les droits des travailleurs, c’est les grèves syndicales. Or, les professeurs (ou les instructeurs comme disent les Anglophones des 21 autres collèges de l’Ontario) sont en grève depuis 21 jours incluant aujourd’hui (excluant les fins de semaine) et le seront durant les prochains jours étant donné le vote étiré du 14 au 16 novembre 2017. Du jamais vu en Ontario.

Selon l’historique des grèves présenté par Simona Chiose du journal Globe and mail (16 octobre 2017), les CAAT sont sortis trois fois : en 1984 pendant 18 jours de manifestation contre la charge de travail avec un retour forcé par une loi du Gouvernement provincial; en 1989 pendant 20 jours pour manifester à propos des salaires et des congés de maladie; en 2006 pendant 20 jours pour la charge de travail, la liberté académique et la qualité de l’éducation.

Puis celle-ci, 2017, cumulant pour l’instant 21 jours et qui augmentera le nombre à 25 jours d’ici vendredi le 17 novembre. Comme le résultat qui va sortir du vote est fort probablement un NON pour l’offre patronale, (quand même après 5 semaines de grève, on sait que les enseignants devraient opter pour le respect et la dignité de leur travail sur les lignes de piquetage) la grève sera prolongée en semaine 6.

Une session de gâchée, des étudiants frustrés, sans parler du retour et des relations de travail patronale employés qui iront de mal en pis. Juste y penser, mon corps en ressent déjà le stress entraînant la nausée habituelle à cet état. Cette grève, bien que justifiée, a un impact majeur sur les salaires des membres syndiqués qui ne reçoivent pas leur salaire habituel, mais qui ont tout de même une famille à faire vivre et des comptes à payer. Vive le crédit et l’endettement!

Quelques signes d’encouragement qui agissent tel un baume sur nos cœurs : plusieurs collègues et membres du personnel de soutien de notre collège sortent pour appuyer nos démarches de revendications; plusieurs étudiants de différents programmes du Collège La cité sont également présents sur les lignes de piquetage et marchent avec nous.
De plus, il est certain que les relations entre professeurs se sont solidifiées voire cristallisées sur les lignes de piquetage,  »fiers, forts unis » dit le slogan des dernières semaines et on y croit.

Personnellement, j’ai découvert des collègues fantastiques et inspirant par leur implication dans le mouvement, leur foi dans les revendications, leur force de caractère à vouloir aller au bout de cette aventure abyssale qu’est une grève qui perdure par mauvaise foi de vouloir négocier honnêtement.

À mon dernier billet, j’avais dit que j’écrirais sur la liberté académique, ça s’en vient! je garde le cap et je le partagerai bientôt avec vous, chers lecteurs et chères lectrices.

Je vous remercie pour tous vos mots de soutiens et pour votre temps passé à me lire.

Bonne 21 journée de grève, un bon bol d’air et de créativité sur les lignes de piquetage!

 »Fiers, Forts, Unis »

Lynnda

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