Un début d’année sur les chapeaux de roues ou le blues post-grève

signe ecolesAlors que les sapins et les décorations de Noël éclairent encore nos entrées et nos salons. la cloche du retour au travail sonne son drelin-drelin pour la reprise des classes au collégial en Ontario. Ce qu’il y a d’unique cette année, après une grève de cinq semaines sous l’emprise du Conseil des employeurs des collèges (CEC) et du SEFPO, c’est que 12 000 étudiants et 5 000 professeurs se retrouvent désorganisés par un semestre d’automne bousculé vers janvier 2018 et qui se terminera à la dernière semaine de janvier.

Avec des conditions de remboursement plutôt mal orchestrées où c’est tout ou rien, les étudiants ont eu peu d’options devant eux puisque la majorité des collèges leur indiquaient qu’ils ne retrouveraient peut-être pas de place pour eux dans leur programme s’ils décidaient, une fois retirés, de s’y réinscrire l’année suivante. Ainsi, pour l’ensemble des collèges ontariens, environ 2000 étudiants ont décidé de quitter les bancs d’école, de retourner chez eux ou de travailler à temps plein de crainte d’échouer leur session ou encore parce qu’ils sont au prise avec des problèmes de santé mentale entrainés par le stress financier et la réussite scolaire dans un système condensé voire désorganisé pour certains programmes qui ont dû embaucher de nouveaux professeurs à contrat pour compléter la session.

Les étudiants internationaux ont rencontré des difficultés similaires, quoi que dans leur cas, les visas d’études ont pu être prolongés. Certains étudiants, sous le leadership d’associations étudiantes, ont manifesté leur mécontentnement face aux critères de sélection pour la réception d’indemnité, et exigeaient la mise en place d’un sénat dans chaque collège afin de faciliter la gouvernance de ces institutions. Peine perdue, à mon avis, puisque le momentum créé par la grève est terminé. Il faudra attendre une autre grève.

Quand je parlais de commencer l’année sur les chapeaux de roues dans mon titre, c’est qu’entre la fin de la session d’automne (fin janvier) et le début de la session d’hiver (fin janvier aussi) une fin de semaine les sépare. Deux jours (normalement congé de fin de semaine) pour relancer la session d’hiver qui, elle aussi, doit être écourtée et condensée à 13 semaines au lieu de 15 semaines. Bref, de grandes corvées de préparation combinées à la correction de fin de session d’hiver 2017 en 2018!design-3047520__340

Ce matin, alors que j’étais très motivée à partir travailler au bureau pour commencer à planifier cette session d’hiver débutant en fin janvier, je me suis retrouvée à faire une crise d’anxiété déclenchée par la réception d’un courriel de mon superviseur m’inscrivant en copie conforme à propos de la planification de salle de classe de ma session d’hiver pour un nouveau cours que j’offrirai. Un courriel tout simple, voire presque insignifiant dans son contenu. Mais j’ai réagi au point où je n’ai pas pu me rendre au travail pour compléter mes tâches. Je suis restée travailler à mon bureau à la maison, corrections, courriels, planification. Bien que j’ai de la chance de pouvoir exercer mon métier de la sorte, en dehors des cours à enseigner, il faut en comprendre que l’impact de la grève agit aussi sur les professeurs. Je pense à mes collègues de piquet de grève qui ne sont pas revenus en classe après la fin de la grève pour cause de dépression, burn out, etc. Je pense à mes quatre collègues du progamme de Thérapie respiratoire suspendues à la première semaine (sans solde) au retour de la grève pour insubordination aux directives de leur direction scolaire à propos du plan de reprise. Elles ont beaucoup de courage et méritent tout mon respect pour leur persévérance et leur volonté à tenir leur point de vue et essayer de faire valoir leur droit à la liberté académique. Je les ai rencontrées vendredi matin, juste avant le départ pour le congé des fêtes. Avec l’entente négociée/arbitrée entre le CEC, le SEFPO et l’arbitre Kaplan, elles ont obtenu une réinsertion au collège leur permettant de revenir avant la date butoir et de recevoir le salaire qu’elles ont perdu.

Selon Hornick et Thomas de l’équipe de négociaton du SEFPO, il faut se réjouir de voir que la décision de l’arbitre comporte une section sur la «liberté académique» puisque celle-ci permet dorénavant aux enseignants du collégial de s’exprimer librement sur les questions scolaires sans crainte de représailles.

J’espère que m’exprimer par l’entremise de ce billet post-grève ne m’inscrira pas sur une liste noire ou rouge ou jaune.

Ceux parmi vous, chers lecteurs et chères lectrices, qui avez eu une expérience de grève au travail, avez-vous des trucs pour aider à dépasser le blues du post-grève?

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