Le piquet de grève

img_3768.jpg©Lynnda Proulx : Collègues en piquetage sur Aviation à Ottawa, Collège La Cité, 19 octobre 2017
Qu’on en commun La Cité Collégiale, les Collèges Boréal, Sheridan, Seneca, Ct-Clair, George Brown, Fanshaw, Mohawk, Centennial, Canadore, Conestoga, Cambrian, Durham, Fleming, Goergian, Lambtonb, Humber, Conferedation, Loyalist, Niagara, Michener, Northen, Sault, Ridgetom et St-Lawrence?

Outre le fait que ces 24 collèges soient tous localisés en Ontario et sur les piquets de grève depuis le 16 octobre dernier, ils représentent  12 000 membres du personnel enseignant, qui refusent l’exploitation salariale de leurs collègues à contrat ou à temps partiel, et 500 000 étudiants qui risquent de perdre leur session sans possibilité de remboursement. C’est beaucoup de monde.

En effet, depuis une semaine, je manifeste mon désaccord sur les lignes de piquetage du Collège La Cité, où je travaille depuis 17 ans, soit 16 années comme professeure titulaire de français et une première année à l’emploi comme professeure de français contractuelle. Ce dont je veux parler ici concerne cette première année d’expérience d’enseignement au collège.

Cette année scolaire-là, en 2000-2001, j’ai gagné un salaire brut d’environ 15 000 dollars canadiens. Le seuil de pauvreté de l’époque était fixé à 18 ou 19 000 $ selon la taille de la communauté où l’on habitait. Je faisais partie de la classe sociale en bas de l’échelle. Comme je revenais d’un séjour de trois ans en Afrique australe où j’avais enseigné à Chancellor College, Université du Malawi, dans la ville de Zomba, et que mon salaire était encore plus bas là (une moyenne de 600$ par mois), je ne réalisais pas encore la différence; je voyais la pauvreté sous d’autres yeux, je me contentais de peu, encore sous le choc culturel du retour dans un pays riche et dominé par la blancheur et la technologie.

Pourtant, dès la fin de la première session, je voyais les iniquités entre les enseignants à temps plein (les permanents) et les enseignants à contrat, et ce tant dans le secteur linguistique où j’évoluais que dans les secteurs en travail social, en technologie ou en administration, hôtellerie et tourisme. Je ne savais pas ce que gagnait un professeur permanent, par contre, j’étais au courant des inégalités de salaire et qu’à ce stade, on ne pouvait même pas les comparer. On les taisait. Comme bien d’autres injustices dans ce monde d’hommes.

D’importantes différences salariales existaient non seulement entre professeurs permanents et contractuels, mais aussi entre contractuels employés dans deux secteurs, aussi bien qu’entre deux professeurs du même secteur, dont celui du défunt Centre d’apprentissage linguistique (démantelé en 2012). Par exemple, mon salaire représentait 25 $ de l’heure tandis qu’une autre personne en recevait 28$ et une autre 23$. Entre professeures à contrat, on se parlait. Quand j’allais questionner, on ne donnait tant bien que mal des  »semblant » de réponses : chez les coordonnateurs, on m’expliquait que ce professeur avait plus d’études ou d’expérience que moi, ou son contraire, alors que c’était faux, ou pas tout à fait vrai. Oui, ce professeur qui gagnait 28$ de l’heure enseignait depuis plus longtemps que moi dans ce collège, mais possédait moins d’années d’expérience au total et moins de diplômes que moi. Et cet autre enseignant à contrat qui gagnait moins que moi, avait pourtant le même diplôme que celle qui gagnait plus que moi, mais avait quelques années d’expérience seulement d’enseignement au secondaire et aucune expérience au postsecondaire. Ça manquait de cohérence, de crédibilité.

Je ne me suis pas obstiné, l’environnement de travail me plaisait, je me sentais bien dans les salles de classes avec les étudiants et je travaillais dans mon domaine, je me sentais utile. Je me réappropriais tranquillement la culture canadienne et son abondance dans tout : dans les choix possibles, dans les outils et les ressources disponibles, la liberté (ou presque) de parler, surtout en salle de classe, parce que dans les secteurs, les échanges étaient plutôt difficiles avec les professeures permanents. Il existait peu d’appui de leur part et le système d’encadrement des professeurs à contrat était inexistant. Je ne m’en plaignais pas puisque j’avais l’habitude de me débrouiller seule. J’étais contente de retrouver un milieu de travail et des  »équipes » avec qui collaborer. Quand j’ai été embauchée comme professeure contractuel pour 15 semaines, j’avais un horaire de 15 heures contact par semaine auprès de cinq groupes de différents programmes et j’avais reçu un guide d’enseignement. J’ai été embauchée un jeudi midi, sans entrevue, ou presque, plutôt un échange informel, et les cours commençaient le mardi suivant.
Une fois la session entamée, je me suis vite rendue compte que le temps passé à la préparation et à la correction diminuait mon salaire de 25$ de l’heure à plutôt 9,50 $ pour une moyenne de 40 h semaine.

Autre détail, j’ai rencontré la directrice du secteur seulement vers la fin de la session. Comme je la voyais passer souvent à l’entrée du secteur, un jour, je lui ai demandée si elle était un prof ici, elle m’a répondu qu’elle dirigeait le secteur. Je lui ai serrai la main tout en pensant que ce collège avait de bien drôles de façons de traiter son personnel.

La session d’hiver en janvier 2001 a été similaire à la précédente à la différence que je connaissais depuis mi-décembre mes cours et mon horaire de travail.
En mai, un poste s’est ouvert pour le Centre d’apprentissage linguistique : j’ai été chanceuse de l’obtenir et de voir mon salaire tripler. L’année suivante a été très différente en termes de gain et de relation avec mes pairs et collègues. En salle de classe et en termes de préparation et de correction, les tâches de professeur sont demeurées les mêmes à la différence que j’ai opté pour utiliser davantage la technologie, ce qui exigeait aussi plus de connaissance et de temps de préparation sans parler de la mise à jours des connaissances étant donné que la technologie change rapidement et de plus en plus vite avec les années.

Selon mon expérience en tant que professeur permanent, j’ai constaté qu’avec le temps, les professeurs permanents ont tenté d’offrir un meilleur encadrement pour les professeurs contractuels tout comme l’employeur qui a mis en place un programme de formation pour les appuyer dans les ressources et les approches pédagogiques à utiliser en enseignement. Malheureusement, 16 ans plus tard, les salaires des professeurs contractuels, eux, demeurent incohérents et négociables selon la tête du professeur qui est embauché. Il n’existe encore aucune échelle de salaires des contractuels comme il peut en exister pour les professeurs, conseillers, bibliothécaires, (p. 28)  instructeurs (p. 30). Il faudrait pourtant bien définir la différence entre ces trois types de postes clairement inscrit en pages 131-133 de cette même convention collective.

Les 12 000 professeurs des 24 collèges ontariens, sortis sur les lignes de piquetage le 16 octobre dernier, luttent pour cinq points principaux :

  • l’équité pour le personnel scolaire contractuel afin d’instaurer la sécurité d’emploi, assurer un salaire égal pour un travail égal et améliorer l’expérience des étudiants;
  • un ratio minimum de 50/50 (ou 1/1) entre le personnel scolaire à temps plein (et permanent) et le personnel scolaire autre qu’à temps plein pour assurer la stabilité et améliorer la qualité d’éducation pour les étudiants;
  • une voix pour le personnel scolaire et les étudiants dans  les processus décisionnels grâce à la création de sénats;
  • la liberté académique pour le personnel scolaire afin de maintenir la qualité de leurs cours.

Pour plus d’information et connaître les mises à jour récentes à propos des négociations de contrat de travail, rendez vous sur les sites Web du Conseil des employeurs des collèges et du SEFPO.

Rendez-vous sur la chaine Youtube Pédagogie en directe pour d’autres vidéos en directe sur la grève et ce qui se passe sur les lignes de piquetage.

 

 

 

 

 

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