Les si mangent les ‘rais

par ©Xavier St-Jean
étudiant en technologie de l’architecture, 2018
J’aurais aimé naitre dans la classe moyenne,

Mais je suis né avec moyennement d’classe,

J’aurais aimé être premier de classe…

Jamais deuxième toujours le chef jamais second…

Heum…

J’aurais aimé ne pas avoir un temps d’attention d’une demi seconde,

Du genre la terre appelé la lune on n’est pas Apollo 11,

Réveille-toi!

Wake up!

Dress-up!

«Boogie le cadran sonne…»

J’aurais aimé qu’on me laisse dans mon rêve où j’étais King Kong

Qu’on me laisse ajouter 5 belles minutes à ma petite somme,

Qu’on me laisse pouvoir coller un peu ma petite blonde,

J’aimerais avoir les poches pleines à craquer de destin,

J’aimerais pouvoir dire que j’ai les poches à moitié vides de chagrin,

J’aimerais avoir les pocket full, les pocket full of sunshine,

J’aimerais que mes poches respectent au moins la loi 101,

J’aimerais avoir le parler soigné,

Mais né chez les franglophones je n’ai pas un beau français,

Je parle en bon français.

Je n’ai pas de mal à m’exprimer mais j’ai du mal à expliquer,

J’aurais aimé ne pas prendre plaisir à me chicaner,

J’aurais aimé, si j’avais pu remettre les pendules à l’heure avant que le clocher sonne,

Mais ding dong, qui sonne? C’est le portier qui cogne.

Puis en fin de compte les si mangent les ‘rais donc…

Les si mangent les ‘rais donc…

 

J’aime crier,

J’aime bondir,

J’aime mentir,

J’aime pas vieillir,

J’aime courir pis laisse-moi donc le faire avec des ciseaux

Je vais jamais m’asseoir,

J’vais peut-être faire le mort,

Pis ça se peut que je rentre tard ce soir si j’pars avec une pille de 100$,

J’aime être le chef des enfants terribles,

Pis garde en tête que j’suis le petit criss en tête de lice selon sept jours,

J’vais continuer même après les rides,

Pis l’amour rend aveugle mais moi j’aime comme un sourd,

 

Mais j’aime,

J’aime pis les si mangent les ‘rais et c’est ça qui comptes.

LA QUÊTE

par Billy Ange Manzi
étudiant au programme de Productions télévisuelles
Collège La Cité, classe 22553FRA, hiver 2017

Je suis né au Rwanda un beau jour d’été  199X

De la joie à la peine , au pays des mille collines ,

La vie ne tient qu’à une lame de machette ou de chance

Je survis à la nature la plus  noire de l’homme.

Voyage, partir au plus loin devient ma voie pour oublier cette malchance.

De pays en pays, de rencontre en rencontre, de langue en langue,

Du Rwanda en Ouganda, du Congo au Togo, du  Kenya au Botswana,

Mes périples dans ces lieux n’ont qu’un seul acheminement : celui du  vieux continent.

Celui d’un avenir sans terreur, plein de Bonheur et d’espoir de jours meilleurs.

La France, la Normandie, le Havre deviennent mes nouvelle terres, celles qu’ autrefois  des libérateurs venus d’Amérique et d’ailleurs s’y sont sacrifiés pour que d’autres puissent en bénificier .

Ai-je trouve mon havre de paix? Celui d’un nouveaux départ?

Mon monde à moi, désormais,  blancs, blacks et beurs.

Ma jeunesse, mon adolescence, mes amours, mes peines, mon éducation,
empreintes d’amour de liberté et d’égalité

De l’école primaire au 1er flirt ainsi qu’à la maitrise de nouvelles langues,
mon avenir devient universel

Nouveau départ

NOUVEAU DEPART
©David Mongulu, 2018
étudiant en Technologie de l’architecture

Je me réveille dans ce nouvel environnement.

Tout est si diffèrent.

Le chaud, le froid tout est à l’extrême.

Et s’adapter n’était pas dans le terme.

Je dois faire comme si de rien de rien n’été.

De toute façon, je n’ai pas le choix, telle est ma peine.

Alors j’écoute.

Je vois.

J’apprends.

Mais l’intégration n’est pas facile.

Après un long moment à croire que l’environnement était hostile.

Voilà la lumière au bout du tunnel.

Nouvelles rencontres, nouvelle amour.

Nouvelles cultures, nouveaux horizons.

Nouveau départ, nouvelle vie.

Tout parait à présent plus clair sur cette nouvelle terre.

Sur ce, merci à vous de faire de ma vie une toute nouvelle expérience.

 

 

 

 

SLAM – Courant de vie

 

         Une des activités que je fais avec mes étudiants ces temps-ci afin de les amener à jouer avec la langue, avec les mots et à exprimer à l’oral leur personnalité de manière originale et créative, se nomme le slam. Bien connue par les David Goudreault, Mehdi Hamdad et Grand corps malade de ce monde qui l’ont popularisé, il a aussi été soutenu par Slam Outaouais qui en est un des principaux moteurs dans la région d’Ottawa-Gatineau. J’ai donc donné pour consignes à mes jeunes adultes d’écrire un texte sur eux sous forme de slam qui va les présenter et faire connaitre certains traits personnels. J’ai aussi décidé de slamer ma vie et d’en écrire un pour eux que je partage avec vous, amie.s, lecteurs et lectrices de blogues.

Courant de vie (de L. Proulx)

 Tic tac tic tac, mon temps avance
à contre-courant
Tic tac tic tac, je me cache moi
derrière ma vague immense
Tic tac tic tac, OMMMMM

Mon heure vacille, une question de temps
Je risque mon sang à regarder ce qui me reste?
Suinter goutte à goutte ma chienne de vie?
Souiller mon corps en vie de ville?

Tic tac tic tac OMMMMMM

J’ouvre mes yeux, va t’en
Tête en l’air Tic tac tic tac
Je pense aux règles, ma mère, dimanche
Farme ta yueule! SHUT UP!

Tac-tic- tac-tic-tac OMMMMMM

L’heure s’écroule, je ferme ma bouche
J’éteins ma vision, mon vacarme tac-tic
Je me mets, moi, sous la manche
Étroite du mur étanche

Tac tic tac tic tac – cul de sac
Casse la muraille du murmure
Tombe le torrent de la tempête
Mord la poussière du vide

Tac-tic- tac-tic-tac OMMMMMM

Je cours vers ma vie, je me contracte
Ma ville sème sous silence
Des flocons d’ignorance crasse
De sa bouche le néant de ma langue
perle et déferle ses mots oubliés

Tic-tic- tac-tic-tac

***

          Pour ceux et celles qui l’ignorent, dans mon quotidien professionnel, je suis enseignante de français dans un établissement post-secondaire technique et à l’occasion, j’enseigne le slam. Mes étudiants ont au moins 17 ans, mais peuvent tout aussi bien en avoir 50. Cet établissement se situe dans un contexte particulier, celui d’être un collège de langue française dans une capitale canadienne où la majorité des résidents sont anglophones. Certains sont sûrement bilingues (44,8 %), d’autres francophiles, mais une majorité s’illustre par son unilinguisme endurci : 45, 5 % de la population de la région d’Ottawa – Gatineau parle seulement l’anglais et 8,6 %  parle seulement le français (Statistique Canada, 2012).

Ottawa, ma ville d’adoption depuis une bonne douzaine d’années  demeure toujours une ville officiellement unilingue de langue anglaise et ce sous la gouverne municipale du maire M. Jim Watson dont c’est le 2e mandat. Pourtant, elle est la capitale nationale d’un pays bilingue, le Canada. J’ignore encore ce que cette ville veut véhiculer comme image de marque au plan linguistique – j’ignore si un jour elle réajustera sa balance pour traiter la langue française d’égale à égale avec la langue anglaise.

En attendant, je prêche dans un désert la valeur d’un français bien écrit et l’amour de sa langue maternelle et je m’inquiète. C’est vrai, je me fais du soucis pour cette langue mal aimée. Je dis désert, car mes classes se vident au profit de cours en ligne (Internet) et d’examens de reconnaissance des acquis trop faciles à réussir. Je fais de mon mieux pour motiver mes troupes, celles qui demeurent fidèles et osent encore être ponctuelles et assidues. Ces jeunes vaillants qui osent encore parler le français avec la volonté de le perfectionner.

À ceux-là, je lève mon chapeau et je dis MERCI.

slam ma vie
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