Survivance

En tant qu’auteure, je m’inspire d’événements de ma vie, de ceux que j’observe autour de moi ou que j’entends pour écrire des histoires. Cette série de courts récits fait entrer les lecteurs dans l’univers de la survivance et de ses variantes.

(english version)

Commotion

J’ai assisté à la transformation de l’épidémie de Covid-19 en pandémie pendant mon premier arrêt de travail en janvier 2020. Souffrante d’une commotion cérébrale, conséquence d’une mauvaise chute dans les escaliers, je tente tant bien que mal, durant cette période, de récupérer en me reposant sur mon divan et de suivre les nouvelles radio pour me divertir l’esprit ou d’écouter Ohdio de Radio-Canada. Tout ce qu’on entend fait écho aux propos sur la Chine, mère bâillonnant ses médecins voulant avertir le reste du monde de ce nouveau virus mortel qui se répand comme la peste. Cette urgence me fait retourner au travail car j’excelle dans l’accompagnement de mes collègues en enseignement à distance. Je veux faire partie des superhéros qui travaillent sur les lignes de front. En enseignement, tous mes collègues sont des superhéros pour arriver à se tourner sur un dix cent et reprendre l’enseignement à distance en une semaine pour réaménager leurs cours en présentiel, en virtuel. Pourtant, mon retour précipité au boulot ne fait qu’empirer mes problèmes de santé. Je ne serai pas une héroïne. Je deviendrai une enseignante au bout du rouleau, encombrée par trop de sollicitation (étudiants, administration) sur un trop grand nombre de ressources numériques. Les demandes entrent de partout et le support technique est médiocre. L’insomnie m’accompagne chaque nuit, j’éclate facilement pour peu. Je dois tout faire pour me contrôler, surtout pour les étudiants qui ont eux aussi du fil à retordre. Burn out. Capoute. Tout s’effondre dans ma tête, dans mon coeur, dans mon esprit. Repos physique et surtout repos mental.

En 2021, les événements pandémiques s’accumulent : plus de variants, plus de restrictions, une course en recherche de vaccins, de médicaments et de tests rapides. Grâce aux vaccins des grandes compagnies pharmaceutiques, l’Humanité sera sauvée sous peu. Un vaccin, un deuxième, un troisième, et même un quatrième pour l’Israël dont le peuple sert de cobaye. Lequel est le plus efficace? Moderna, Pfizer, AstraZeneca, Johnson&Johnson? Au plan international, les données recueillies sur l’injection de ces différents produits deviennent essentielles pour juger de leur l’efficacité et de leur dangerosité.

Outre les trois injections de Moderna reçues en 2021, dont la dernière visait la prévention contre Omicron, et leurs effets secondaires, les sept premiers mois de 2021 ont été pénible pour moi. J’ai cumulé six chutes dont une a entrainé une infection près de la septicémie et tous ces à côtés, nécessitant deux séries d’antibiotiques, plusieurs visites médicales dont une visite aux urgences de l’hôpital Montfort. Bien sûr, ces chutes ont multiplié les commotions et les risques encourus. Une année sur le dos. J’ai eu tout mon temps pour écouter les nouvelles et pour réfléchir sur ma vie. Mais je n’arrive pas à sortir de ma torpeur. La Terre entière tourne au rythme de l’arrivée des variants Covid-19 et des données collectées Alpha, Bêta, Delta, Gamma, Kappa, Omicron, Mu et tous les autres qui sont passés inaperçus car peu contagieux.

Ce que je comprends et retiens de toute cette commotion, de ce bruit médiatique qui brouille mon quotidien, est que ces informations cherchent le drame pour obtenir la cote d’écoute. Les informations qui circulent sur les médias sociaux à coup d’insultes et de fausses nouvelles sont le reflet du drame, la version négative. L’Humain m’attriste par sa bêtise et m’étonne par sa fragilité.
En parallèle à ces variants qui ruinent notre air et dont on doit se cacher, je dois de mon côté trouver un physiothérapeute qui va me sortir de cette impasse car tous les services reçus entre 2020 et juillet 2021 ne sont pas efficaces. Ils agissent comme un diachylon. La douleur accompagne mon quotidien. La peur de tomber aussi. Grâce à une collègue de travail, G.L., ses conseils m’ont conduite en fin mai vers une Clinique de physiothérapie Cranio-Cervicale & Temporo-Mandibulaire. Alléluia! Le premier rendez-vous a pris trois mois à obtenir. Depuis la fin du mois d’août, je reçois des traitements difficiles, mais efficaces, qui améliorent ma condition générale et mon humeur éteint causé par la douleur. La détresse m’habite les trois premiers mois. Puis, je fais un pas en avant, deux pas en arrière, puis trois pas et un en arrière. Je guérie tranquillement. J’espère retrouver ma concentration d’avant, mon enthousiasme d’avant ces temps de commotion.

Certains disent qu’il faut se réinventer. Je le fais en m’engageant davantage avec mes chiens qui m’entrainent vers les plus beaux parc à chiens de l’Outaouais. Je ne cherche pas à déménager en campagne puisque j’y ai grandi. Je cherche plutôt une occupation physique plutôt qu’intellectuel. Faire mon ménage, marcher, entrainer mes chiens, cuisiner. Ça peut être aussi simple que cela.

Divinatoire

Ce virus me donne froid dans le dos. Je maudis les voyageurs, ces ingrats égoïstes, parce qu’ils seront alors les meilleurs vecteurs de contamination pour toute la planète. Le travail en bureau devient interdit et pour l’ensemble de la planète, le télétravail s’installe dans nos chaumières. Nos frontières domestiques et professionnelles sont désormais anéanties. Adieu vie privée et bonjour aux multitâches techniques sur ordinateur, tablettes et téléphones intelligents. En mars, je retourne au travail à temps très partiel et décide de fournir mon effort citoyen et me porter volontaire à aider les professeurs qui s’apprêtent à se lancer dans l’enseignement à distance. Une nuit en allant me coucher, j’ai décidé de mettre mes capacités divinatoires en avant et de questionner ce que seraient les conséquences de ce virus sur le monde. C’est ainsi que j’ai vu que ce virus viendrait voler des vies comme un voleur décide de vider une maison des bijoux et des biens précieux de ses propriétaires et de les tuer si nécessaire. Tel le canari dans la mine qui meure lorsqu’il n’a plus d’air, les poumons humains seraient les plus attaqués et ceux et celles qui en sortiraient seraient radieux, contents et reconnaissants d’y avoir survécu, car il leur faudrait beaucoup de soins, d’attention, de compassion.
Vous allez sans doute vous demander d’où me viennent ces capacité divinatoires… En bref, je suis aussi une survivante, non pas du virus à couronne 19, mais de différents abus : sexuel, négligence parentale, violence physique et psychologique de vie maritale et vie familiale, intimidation. Oui je sais, une belle liste. Depuis 2017, j’ai développé mes capacités divinatoires en étudiant les rêves et les pratiques chamaniques. Je me suis intéressée à ces pratiques à partir du moment où, en 2014, j’ai reçu un diagnostic de syndrome de stress post traumatique chronique, mécanisme de défense naturel visant à survivre aux pires malheurs humains. En fouillant sur la toile et en interrogeant les aides professionnelles qui m’ont accompagnée depuis dans ce parcours, j’ai appris que la meilleure façon de m’aider à récupérer les parties de moi prises dans la dissociation provoquée par certains déclencheurs des traumas vécus dans l’enfance et la petite enfance, était de rencontrer un chaman qui pourrait m’aider à récupérer ces parties de mon âme qui se sont isolées dans des bulles à l’extérieur de moi. En 2014, loin de moi était l’idée que je deviendrais moi-même pratiquante de ces techniques et que l’esprit du chaman viendrait se connecter au mien. Le destin m’a conduite vers des enseignants de ces pratiques et j’ai appris de nombreuses compétences qui peuvent aider les humains, les animaux et tout ce qui vit dans toutes sortes de circonstances. Je vous rassure, je n’utilise pas de drogue pour faire les voyages et communiquer avec les esprits bienveillants. Ces derniers me partagent des informations que je peux rendre utiles si quelqu’un veut bien les demander. Voilà donc que depuis 2020 jusqu’à maintenant, je suis l’évolution de la Covid-19 et je fais de mon mieux pour prévenir mes proches de ce qui s’en vient. Le plus intéressant peut-être, est que j’ai pu récupérer quelques parties de mon âme grâce au Chaman dans ma vie. Merci aux Esprits Bienveillants.

Opprimés

Les opprimés savent aussi se manifester – ils sont quelques millier sans masque, adultes ou enfants, victimes de la majorité, des lois gouvernementales dictées, selon eux, à des fins dictatoriales futures, pour contrôler les Humains et leur liberté. Au nom de la liberté, ils envoient des doigts d’honneur au premier ministre sortant et fustige le porteur du message de mots peu courtois. C’est d’une élégance de pauvres qui manquent de mots pour exprimer ses émotions. Pauvre Justin qui reçoit l’empathie d’un public électeur concevant bien que face à ces insultes majeures peu méritées d’une minorité, le parti libéral lutte lui aussi contre ses oppresseurs. Un brin de cynisme à la fois…

Monia

Monia arrive à l’hôpital avec son papa. Il peine à respirer. Il frissonne, fiévreux, son regard est suppliant :  »donner moi de l’oxygène ».
Une journée plus tôt, il revenait du Liban pour déplacements professionnels en passant par Paris, une escale non obligatoire, mais favorite, qui lui permettait, lorsqu’il voyageait en Europe, de prendre quelques moments avec d’autres membres de sa famille, avant de retourner en Amérique. La veille de son départ en début mars, il avait bien quelques sueurs nocturnes; il s’était contenté de se dire qu’il avait de la chance de se réveiller avec un léger mal de gorge et un mal de tête. Rien qu’un comprimé contre la douleur ne pouvait soulager. Puis il s’était rendu en taxi à l’aéroport internationale de Beyrouth. Monia, sa fille et Marie-Laure, sa sœur ainée, l’attendaient à bras ouverts à Orly. Le temps de passer quelques jours en famille et de profiter de la douceur du printemps parisien. Ravid a eu le temps de les embrasser et de se rendre chez elles. Prétextant la fatigue du vol, il a demandé à aller se reposer quelques heures. Le lendemain matin suivant, sa sieste s’était transformée en plusieurs heures de sommeil. Quand Monia a décidé que son père avait assez dormi, quelques coups sans réponse a sa porte de chambre l’ont convaincu que ça n’allait peut-être pas si bien. Elle l’a trouvé inconscient dans son lit, respirant à peine.

Ravid est parti quelques jours plus tard non par vers l’Amérique, mais vers la morgue. Dix jours plus tard, Marie-Laure l’y rejoignait. Tandis que certains survivent, d’autres quittent précocement leur vie.

Deux mètres

J’en rage. Je regarde mon voisin dans la ligne allant au supermarché et je me demande s’il est conscient de sa personne. Il ne garde pas le deux mètres de distance. Il fixe son téléphone, avance machinalement lorsque la personne devant lui fait un pas vers la porte de l’épicerie. Il est hypnotisé à son téléphone. Il porte son masque en bas du nez, pour mieux respirer, j’imagine. Comment lui reprocher de vouloir respirer? Je m’interroge sur la qualité de son masque : les épaisseurs de tissu, sa capacité à respecter ces nouveaux codes sociaux (se laver les mains, se faire tester si des symptômes apparaissent, ne pas cracher dans la face des autres personnes, etc.). C’est le respect de ces codes dont nous devons tenir compte qui nous aidera à protéger les autres et nous-mêmes de ceux qui sont asymptomatiques et déambulent tout de même dans les allées d’avions et les rues de nos villes et villages, sur les plages de nos campagnes. Je maudis ces idiots qui comparent le virus à celui d’une grippe faussement mise en avant comme nouvelle arme bactériologique pour mieux contrôler la liberté des gens et la sainte démocratie du peuple. Je me demande si ce voisin de file est conscient qu’il est peut-être porteur du Covid 19, que toutes les particules d’aérosols sortant de son nez et de sa bouche contribuent à la multiplication de la maladie. Je m’enrage moi-même de ne pas pouvoir me restreindre à rester chez moi, barricader, de devoir sortir pour aller faire des courses, de ne pouvoir visiter les membres de ma famille qu’en passant par Messenger vidéo ou d’aller au parc à chiens en m’isolant dans un coin du parc afin d’éviter toute discussion ou socialisation avec les autres. J’ai beau avoir bien des connaissances, cela n’enlève pas l’humain en moi et sa stupidité qui se nourrit de mes frayeurs. Ce virus a maintenant tué 5 000 000 de personnes à travers le monde. Combien d’autres seront atteints par ce virus? Qui y survivra?

Opprimés

Cette année, j’ai entendu et vu dans les médias que l’oppression avait une couleur toute particulière au Canada et ailleurs. Surtout dans les hôpitaux. Joyce est morte parce qu’elle est amérindienne, mère de plusieurs enfants qu’une infirmière lui reproche d’avoir enfantés. Elle a lutté contre ses oppresseurs, un système médical infantilisant et raciste quand l’occasion fait le larron. Les opprimés vivent peut-être dans la pauvreté économique, dans la pauvreté verbale par manque d’éducation de la langue anglaise ou française ou par manque de respect à leur égard de la part des riches et des éduqués. Les opprimés peuvent aussi venir des lois sociales dictées par les autorités selon les contextes et l’environnement des époques qui construisent les sociétés. Ils sont oubliés sur des territoires qui leur revient par les droits ancestraux, ils sont affichés sur des politiques propagandistes pour obtenir des votes en temps d’élection, ils sont enterrés dans des fosses communes pour qu’on les oublie plus vite, cachés par le silence des autorités ecclésiastiques parce qu’ils n’en valent pas la peine. Les opprimés n’ont pas droit à l’eau courante ni à l’électricité dans un pays où l’abondance se définit par ses barrages hydroélectriques et ses richesses minérales. Peut-être que les opprimés vont un jour éliminer les oppresseurs et ils auront peut-être raison. En attendant, Alpha, Bêta, Lambda, Mu, Delta et tous ceux qui viendront s’ajouter aux vagues virales s’occupent de supprimer tant l’opprimé que l’oppresseur.

©LynndaProulx2022